La formation wallonne en aéronautique: la parole aux entreprises

Il y a 4 années
Aéronautique

Quand on demande à Amos et Techspace Aero ce qu’on pourrait améliorer en Wallonie dans le domaine de l’aéronautique, on parle de formation.

La Belgique forme des ingénieurs de très grande qualité. Néanmoins, chaque année scolaire n’en fournit pas assez pour rencontrer les besoins des entreprises aéronautiques qui n’ont, en outre, pas forcément la préférence des étudiants. Ces mêmes entreprises ont également besoin d’ouvriers hautement qualifiés… à défaut d’en trouver, ils en forment eux-même.

Yves Prete, administrateur délégué

Yves Prete, administrateur délégué de Techspace Aero souhaiterait rencontrer une vraie formation en alternance: assommer des étudiants de théorie, sans l’associer à la pratique et les estimer formés pour toute leur vie n’a pas de sens.

« À mes yeux, il serait préférable de privilégier au maximum les stages en entreprises, en s’inspirant du modèle allemand. Là-bas, on rencontre des ouvriers qui ont 26 ans et qui ont déjà 10 ans d’ancienneté! Ils sortent de l’école et ils sont opérationnels, prêts à être engagés… sur leur lieu de stage. Si l’entreprise a besoin d’engager et qu’elle a un stagiaire efficace, qui est déjà familier avec l’entreprise et le personnel, elle n’ira pas chercher plus loin.« 

Des partenariats entre les entreprises et les universités existent pourtant. Néanmoins, il convient de les développer encore pour que les besoins des entreprises soient satisfaits. Il faut garder en mémoire que, même s’il semble logique d’enseigner des métiers pour lesquels il existe une demande importante, ce genre de relations entre formation et emploi sont relativement récentes. Une tendance à poursuivre selon Yves Prete qui ajoute que les écoles ont peut-être peur que les entreprises veuillent former de « bons petits esclaves de l’industrie« .

« Il est bien entendu très important d’exercer un métier que l’on aime, mais il s’agit d’un besoin secondaire. En période de crise, il faut déjà pouvoir répondre aux besoins primaires. Former efficacement quelqu’un à un métier durable et lui offrir la chance de travailler, c’est l’aider à manger toute sa vie.« 

Claude Jamar, CEO d'Amos

Claude Jamar, CEO d’Amos, a une vision légèrement différente. Cet ancien professeur d’université, Directeur du Centre Spatial, connaît les difficultés qui existent dans les relations entre universités et entreprises. « À l’origine, du point de vue de l’enseignant, adapter la formation aux besoins des entreprises était considéré comme de la prostitution. Maintenant, c’est devenu la norme: il faut être réaliste. Le dialogue a désormais été amorcé et devient de plus en plus enrichissant.« 

Cependant, le plus gros inconvénient à ses yeux est le manque de flexibilité des universités. « Les services des universités sont trop petits, nombreux, éclatés et manquent donc de réactivité au niveau du phasage des projets. Il faudrait idéalement lancer un projet le 1er octobre et que cela dure au maximum 2 ou 3 ans, le temps pour l’étudiant de faire son doctorat. Mais on ne sait pas quand une idée ou un projet va germer! Heureusement, le regroupement en département permet au moins une plus grande complémentarité des ressources humaines et des compétences.« 

Une solution? « Peut-être faudrait-il fournir les ponts qui manquent, des compléments… et notamment les moyens de finir un doctorat, par exemple.« 

Propos recueillis par Mathieu CAVILLOT

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